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  • Les Jardins de la Ramée

Une définition pour la permaculture ?

La permaculture, ce n’est pas qu’une technique de jardinage ou un mode de vie alternatif.

C’est un nouveau concept de société durable.


La première définition donnée par Bill Mollison et David Holmgren est issue de sa première phase tournée vers l’agriculture. La voici, retranscrite telle quelle :

Le terme « permaculture » a été inventé par Bill Mollison et moi- même (David Holmgren) au milieu des années 1970, pour décrire « un système intégré et évolutif d’espèces végétales et animales pérennes, ou s’autopérennissant, utiles à l’homme ».

Selon une définition plus actuelle, reflétant l’élargissement du concept, ce sont « des paysages élaborés en toute conscience qui imitent les schémas et les relations observés dans la nature et fournissent nourriture, fibres et énergie, pour subvenir aux besoins locaux ». L’individu, son habitat et son mode d’organisation sont au centre de la permaculture. La permaculture voulait mettre en place une agriculture permanente (et soutenable), elle vise maintenant une culture* (formation) permanente (et soutenable) [1].

La phrase qui suit définit grossièrement la deuxième phase qui rajoute cette idée de société en transition. Nous sommes dans les années 2000.

La permaculture englobe tout ce qui doit nous permettre de « devenir des citoyens responsables et productifs, plutôt que des consommateurs dépendants »[1].

Mais ces deux points de vue ne prennent en compte que des côtés très pragmatiques de la société. Il y a un autre côté plus philosophique, plus profond que Masanobu Fukuoka insuffle dans son bouquin « La révolution d’un seul brin de paille[2] ». C’est la nécessité d’un changement profond de manière de penser, de percevoir notre relation à la nature. Car l’homme occidental se dissocie de la nature. Lui met l‘accent sur le besoin d’un changement radical de paradigme qui est de fonctionner avec la nature, plutôt que contre elle.


-Tu crois pouvoir écraser cette chenille ?

-Voilà, c’est fait : ce n’était pas difficile.

-Maintenant, refais la chenille…[3]


Nous nous sentons au-dessus de la nature, alors que nous sommes incapables de recréer cette vie, ni même de comprendre toutes les subtilités de son équilibre. Car notre conception de la planète très occidentale qui veut segmenter la nature pour mieux la ranger, nous prive d’une intelligence qui permet de percevoir un tout complexe où chaque élément est dépendant d’une infinité d’autres, avec des relations infimes et délicates qui échappent aux microscopes qui n’observent qu’élément par élément (je caricature…).


Il faut voir les choses dans leur ensemble, accepter qu’il y ait des savoirs qui nous échappent, et donc agir selon le principe de précaution et à petite échelle. Nous voilà à l’un des points essentiel, un état d’esprit primordial de la permaculture définit dans un micro-dicton :


Penser global, agir local.


Changer les choses à la base sans pousser brusquement à de grands bouleversements. Car pousser des gens non-sensibilisés à une politique écologiste planétaire est trop simpliste et n’est absolument pas psychologue ! Les mentalités prennent du temps à évoluer. D’où l’idée de changer les choses de manière horizontale et non pyramidale. C’est-à-dire qu’au lieu de tout miser sur de grandes politiques nationales, il est plus efficace de changer les choses par des mouvements citoyens à un niveau très local. Car le plus grand combat à mener, c’est changer de petites choses du quotidien chez son voisin. L’ultime combat, c’est se changer soi-même. Car même lorsque l’on se sent profondément écologiste, on ne se rend pas toujours compte à quel point on est formaté par la société dans laquelle on vit. Réussir à prendre du recul est un exercice compliqué. La solution de facilité serait de rejeter totalement la société de consommation. C’est une solution égoïste. Travailler localement sur des solutions qui sont durables et donc applicables partout, voilà la philosophie à atteindre. Il est préférable de rassembler en petit groupe soudé et dynamique pour agir sur la vie de son village ou de sa commune. C’est cette manière de faire, locale et pacifique, qui apportera des réponses pratiques sur le long terme. Et elle donnera sans aucun doute des idées et du courage aux voisins !


S.J.


[1] P36-37 ; HOLMGREN David. Permaculture. Principes et pistes d’action pour un mode de vie soutenable. Ed. Rue de l’échiquier, Paris, Coll. Initial(e)s DD, 2014, 581 pages. [2] FUKUOKA Masanobu. La révolution d’un seul brin de paille. Une introduction à l’agriculture sauvage (3ème édition). Éditeur Guy Trédaniel, Paris, 2013, 202 pages. [3] Lanza del Vasto. Cité par Théodore Monod, Sortie de secours, Seghers, 1991, p 144.


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